pour accéder aux contenus, ou CREEZ VOTRE COMPTE en quelques clics

READ | “5 points d’attention pour préserver la santé cardiovasculaire des femmes” par Prof. Tine De Backer

Comment intégrer la prévention cardiovasculaire dans la prise en charge de vos patientes en médecine générale

Un cadre pratique pour le médecin généraliste 

La santé cardiovasculaire des femmes mérite une attention tout au long de la vie. Selon les données les plus récentes de la Société Européenne de Cardiologie, les maladies cardiovasculaires restent la première cause de mortalité dans les pays membres de l’ESC. En 2023, ou durant l’année la plus récente pour laquelle des données étaient disponibles, elles ont provoqué plus de 3 millions de décès, dont environ 1,6 million chez les femmes, et entraîné la perte de 68 millions d’années de vie en bonne santé. Bien que l’incidence ajustée sur l’âge ait été près de 30 % plus faible chez les femmes que chez les hommes, le nombre absolu de décès cardiovasculaires était légèrement plus élevé chez les femmes. Outre les facteurs de risque classiques tels que le tabagisme, l’hypertension artérielle, la dyslipidémie, le diabète, l’obésité et le manque d’activité physique, des facteurs propres aux femmes peuvent également influencer le risque.

On estime que 10 à 20 % des femmes connaissent une issue défavorable de grossesse, telle qu’un trouble hypertensif de la grossesse, un diabète gestationnel ou un accouchement prématuré. Après une hypertension gravidique, le risque d’hypertension chronique dans les deux à sept ans est multiplié de deux à quatre ; après un diabète gestationnel, le risque ultérieur de diabète de type 2 est environ huit fois plus élevé. Une ménopause précoce (< 45 ans), ainsi que les maladies inflammatoires ou auto-immunes, méritent également d’être prises en compte dans l’évaluation du risque cardiovasculaire. 

Le médecin généraliste est idéalement placé pour repérer ces facteurs à temps et aborder une prévention personnalisée. Voici cinq points d’attention qui peuvent servir de cadre pratique.

1. Dressez un profil de risque complet

Contrôlez périodiquement la tension artérielle, le taux de cholestérol et la glycémie. Une tension artérielle, Contrôlez périodiquement la pression artérielle, le profil lipidique et le statut glycémique, en tenant compte de l’âge, des symptômes, des antécédents et du risque cardiovasculaire global. 

Ne limitez pas l’anamnèse aux facteurs de risque classiques. Interrogez également la patiente sur : 

  • une hypertension, une prééclampsie ou d’autres troubles hypertensifs pendant une grossesse ; 
  • un diabète gestationnel ; 
  • un accouchement prématuré ou d’autres issues de grossesse pertinentes ; 
  • l’âge au moment de la ménopause, avec une attention particulière à une ménopause précoce ; 
  • des maladies auto-immunes ou inflammatoires ; 
  • des antécédents familiaux de maladie cardiovasculaire prématurée ; 
  • la charge psychosociale, le sommeil et les conditions de vie ; 
  • la contraception utilisée et tout traitement hormonal éventuel. 

Les issues défavorables de grossesse et une ménopause précoce peuvent constituer des facteurs pertinents d’augmentation du risque. Les antécédents reproductifs ne sont donc pas une rubrique isolée du dossier, mais une porte d’entrée potentielle vers une stratification plus approfondie du risque cardiovasculaire. 

Évitez d’appliquer une valeur cible unique à toutes les patientes. Les objectifs de pression artérielle et de LDL-cholestérol doivent être adaptés au risque global, aux comorbidités, à la tolérance et au traitement en cours. 

Chez les patientes diabétiques, une approche multifactorielle est indiquée, en tenant compte des comorbidités cardiovasculaires et rénales et en privilégiant une décision partagée concernant un traitement personnalisé. 

2. Proposez une activité physique concrète et réalisable

Conseillez aux adultes de pratiquer chaque semaine au moins 150 minutes d’activité physique d’intensité modérée, ou 75 minutes d’activité intense, complétées par des exercices de renforcement musculaire au moins deux jours par semaine. Toute augmentation par rapport au niveau d’activité actuel peut toutefois être bénéfique. 

Adaptez cette recommandation à la situation de la patiente. La marche, le vélo, la natation, le jardinage ou d’autres activités qu’elle apprécie sont généralement plus faciles à maintenir qu’un conseil général en matière d’exercice. 

Abordez également les obstacles possibles, tels que : 

•            le manque de temps lié au travail ou aux responsabilités familiales ; 

•            les symptômes de la ménopause ; 

•            la fatigue ou le manque de sommeil ; 

•            les troubles musculosquelettiques ; 

•            la crainte de reprendre une activité physique après une maladie ou une grossesse ; 

•            l’absence d’un environnement sûr ou accessible pour bouger. 

Chez les patientes âgées ou à mobilité réduite, une attention supplémentaire à l’équilibre, à la force musculaire et à la prévention des chutes peut être indiquée.

3. Abordez une alimentation favorable à la santé cardiovasculaire

Encouragez une alimentation variée accordant une large place aux légumes, aux fruits, aux céréales complètes, aux légumineuses et aux fruits à coque. Conseillez de remplacer autant que possible les graisses saturées et trans par des graisses insaturées, provenant par exemple de l’huile d’olive, des fruits à coque et du poisson. 

Rendez les conseils alimentaires concrets. Ne demandez pas seulement à la patiente ce qu’elle mange, mais aussi : 

  • qui prépare les repas à la maison ; 
  • quels produits sont achetés régulièrement ; 
  • quelle quantité d’aliments hautement transformés est consommée ; 
  • si des facteurs financiers, culturels ou familiaux influencent les choix alimentaires ; 

L’OMS recommande aux adultes de limiter leur consommation de sel à moins de 5 grammes par jour. Un apport élevé en sodium augmente la pression artérielle et, par conséquent, le risque cardiovasculaire. 

En cas de surpoids ou d’adiposité abdominale, envisagez d’aborder le poids, le tour de taille et les changements réalisables de manière respectueuse et non stigmatisante. Mettez l’accent sur la santé et les habitudes durables, et non uniquement sur le chiffre affiché par la balance.


Servier et Michaël Sels ont co-développé un carnet de conseils nutritionnels. Michaël Sels est diététicien, auteur, conférencier et chef cuisinier. En tant que responsable de l’innovation en nutrition clinique, il est rattaché à l’Hôpital universitaire d’Anvers (UZA). Ce carnet est disponible au téléchargement pour les professionels de santé.


4. Intégrez le stress, le sommeil et la santé mentale

Le stress chronique, un sommeil insuffisant et les problèmes de santé mentale peuvent compliquer l’adoption de comportements favorables à la santé et s’accompagner d’un profil de risque cardiovasculaire défavorable. 

Interrogez donc activement la patiente sur : 

  • la durée et la qualité du sommeil ; 
  • une éventuelle apnée du sommeil ; 
  • la charge de travail et les responsabilités familiales ; 
  • des symptômes anxieux ou dépressifs ; 
  • l’isolement social ; 
  • le stress financier ou relationnel ; 
  • les mictions nocturnes ; 
  • l’incidence des symptômes de la ménopause sur le sommeil et le fonctionnement quotidien. 

Évitez les conseils généraux tels que « essayez d’être moins stressée ». Recherchez avec la patiente une intervention réalisable, par exemple l’amélioration de l’hygiène du sommeil, une activité physique régulière, un soutien psychosocial ou des examens ciblés en cas de suspicion de trouble du sommeil. 

La transition ménopausique peut s’accompagner de modifications de la pression artérielle, de la répartition des graisses, des lipides et de l’équilibre glycémique. Cette étape de la vie constitue donc un moment propice à une nouvelle évaluation cardiovasculaire.

5. Abordez le sevrage tabagique et la consommation d’alcool

Le tabagisme reste un facteur de risque cardiovasculaire majeur et évitable. Il augmente davantage le risque d’infarctus du myocarde chez les femmes que chez les hommes, en particulier avant 65 ans. Il neutralise en outre une partie de la protection hormonale naturelle liée aux œstrogènes. Interrogez systématiquement la patiente sur son statut tabagique, mais aussi sur une reprise récente, l’exposition passive et l’utilisation d’autres produits contenant de la nicotine ou de produits à fumer. 

Présentez le sevrage tabagique comme un processus pouvant être pris en charge. Discutez de la motivation, des tentatives antérieures et des aides disponibles, et planifiez un suivi plutôt que de vous limiter à un conseil ponctuel. 

Interrogez également la patiente sur sa consommation d’alcool, de manière neutre et sans jugement. Utilisez de préférence une méthode de dépistage validée et adaptez les conseils au risque individuel, aux médicaments utilisés, à une grossesse ou à un projet de grossesse, aux maladies hépatiques et aux autres comorbidités pertinentes.

Des cinq conseils à des soins personnalisés

Préserver la santé cardiovasculaire des femmes exige davantage qu’une liste générale de conseils d’hygiène de vie. La principale valeur ajoutée du médecin généraliste réside dans l’association des facteurs de risque classiques aux antécédents reproductifs et gynécologiques, au contexte psychosocial et à l’étape de vie de la patiente. 

Profitez de consultations clés, telles que le conseil contraceptif, les soins préconceptionnels, le suivi après une grossesse compliquée et la ménopause, comme autant d’occasions naturelles pour : 

  • actualiser le risque cardiovasculaire ; 
  • évaluer de manière ciblée la pression artérielle, les lipides et le statut glycémique ; 
  • convenir de modalités concrètes de suivi ; 
  • collaborer, si nécessaire, dans un cadre multidisciplinaire. 

La prévention cardiovasculaire devient ainsi non pas une intervention isolée, mais une composante intégrée des soins à long terme de chaque patiente. 

A propos de l’auteure

Prof. Tine De Backer, MD, PhD est professeure de cardiologie et de pharmacologie clinique à l’Université de Gand et chef de clinique au département de cardiologie de l’Hôpital universitaire de Gand (UZ Gent).

Cliquez pour encore plus de contenu